Tribune signée de Felix Müller (PDG) & Pablo Morgenstern (Directeur France) – ONLOGIST
La fin d’un modèle linéaire
Pendant des décennies, le parcours d’un véhicule suivait un schéma simple : produire, vendre, livrer. L’acte d’achat marquait le début d’un cycle long et relativement stable.
Ce modèle s’efface progressivement au profit d’une logique d’usage. Abonnement, location flexible, autopartage, flottes mutualisées : la mobilité ne se définit plus par la possession, mais par l’accès.
Les projections sont sans équivoque. D’après une étude menée par ONLOGIST et Deloitte, d’ici 2035, les solutions de mobilité basées sur l’usage pourraient croître de 68 % en Europe, tandis que les ventes traditionnelles reculeraient d’environ 40 %.
Pour les constructeurs, distributeurs et opérateurs de mobilité, l’enjeu n’est plus théorique : il s’agit d’adapter dès aujourd’hui leurs structures à un environnement beaucoup plus dynamique.
Et dans cette recomposition, un facteur devient central : la gestion des flux.
L’intensification des mouvements
Plus l’usage progresse, plus les véhicules circulent, non seulement sur la route, mais aussi entre sites, entre clients, entre fonctions.
Un véhicule change plus fréquemment d’utilisateur, de localisation, de statut. Il faut le repositionner, le préparer, le maintenir, le réaffecter. Ce qui relevait autrefois d’opérations ponctuelles devient désormais permanent.
Les données confirment cette accélération : depuis 2021, les trajets directs ont progressé de 175 % à l’échelle mondiale. Plus révélateur encore, les transferts internes entre sites ont augmenté de 274 % et représentent près de 39 % des volumes totaux.
Autrement dit, la performance commerciale dépend désormais d’une capacité à orchestrer des flux complexes, continus et souvent imprévisibles.
Sortir d’une vision purement budgétaire
Dans de nombreuses organisations, la logistique reste abordée sous l’angle du coût. Pourtant, dans un modèle fondé sur la rotation rapide des véhicules, elle devient un déterminant majeur de rentabilité.
Une gestion optimisée permet :
- de réduire les immobilisations,
- d’améliorer le taux d’utilisation des flottes,
- de limiter les incidents opérationnels,
- d’accélérer les prises de décision.
Les plateformes numériques spécialisées comme ONLOGIST démontrent qu’un pilotage fondé sur la donnée et l’automatisation peut générer jusqu’à 30 % d’économies, tout en améliorant la qualité d’exécution.
La question n’est donc plus seulement de transporter un véhicule d’un point A à un point B, mais de synchroniser l’ensemble des opérations pour fluidifier le modèle économique.
Digitaliser pour absorber la complexité
L’augmentation des flux rend les outils fragmentés ou manuels insuffisants. Les entreprises doivent désormais connecter logistique, gestion de flotte et systèmes ERP dans un écosystème intégré.
L’intelligence artificielle joue déjà un rôle déterminant dans :
- l’anticipation des besoins de transfert,
- l’allocation des ressources,
- l’optimisation des itinéraires,
- la réduction des trajets superflus,
- l’automatisation des communications opérationnelles.
Ce changement d’approche ne relève pas d’un simple choix technologique. Il conditionne la capacité à absorber la volatilité du marché tout en maintenant un haut niveau de service.
L’humain reste au cœur du dispositif
Même hautement digitalisée, la logistique reste une activité profondément humaine. Derrière chaque mouvement, il y a des équipes qui coordonnent, décident, arbitrent.
Des processus clairs et une visibilité en temps réel ne servent pas uniquement la performance financière : ils simplifient le quotidien des collaborateurs et renforcent leur engagement.
La qualité logistique influence donc à la fois l’expérience client et la dynamique interne de l’entreprise.
Construire la mobilité de demain
Le secteur automobile ne traverse pas une phase d’ajustement conjoncturel, mais une redéfinition structurelle. La valeur ne repose plus uniquement sur le produit, mais sur la capacité à le rendre disponible au bon moment, au bon endroit, avec la bonne flexibilité.
Dans cet environnement, la logistique devient un avantage compétitif à part entière.
Les acteurs qui continueront à la considérer comme une fonction de support risquent de subir cette évolution. Ceux qui l’intègrent au cœur de leur stratégie disposeront d’un levier puissant pour se développer durablement.
La mobilité de demain ne dépend pas uniquement des véhicules conçus. Elle repose sur la capacité à les faire circuler intelligemment.
